J’ai rencontré Ariane via Instagram pendant qu’elle tournait son film et puis il y a quelques semaines elle a fait appel à moi car elle voulais une illustration pour rendre hommage à la Femme et à l’expérience de la grossesse et de l’accouchement et pour remercier les collaborateurs de sa campagne Ulule. Inspirée par sa démarche qui nous permet de découvrir une autre facette de ce que c’est « être une femme », je l’ai interviewé en espérant qu’elle vous inspire aussi 🙂


Hello, peux-tu te présenter en quelques lignes ?

Hola ! Je suis Ariane, j’ai 30 ans. Je suis la maman d’une petite fille de 3 ans et bientôt à nouveau maman. Je suis corse et comme beaucoup d’entre eux, une vraie nomade, mais actuellement j’ai posé mes valises au soleil de Cannes. Je suis végétarienne depuis toujours, j’aime vivre au bord de la mer et je peux regarder le ciel (ou un joli plafond) pendant des heures sans me lasser.

Quel a été ton parcours jusqu’à aujourd’hui ?

J’ai passé mon enfance entre la Corse et le monde (le nomadisme, ça me vient pas de nulle part ;)). Puis, j’ai étudié à Sciences Po Lille dans l’objectif avoué de trouver le métier qui me permettrait de « changer le monde ». Au bout de 2 petites années de vie professionnelle « classique », j’ai fait le grand saut dans le vide, j’ai tout quitté sans aucun autre but que celui d’apprendre à mieux me connaître. La première chose que j’ai faite a été de prendre une caméra et de filmer, pour le plaisir. Je n’imaginais pas à ce moment-là que ça deviendrait mon métier. Bientôt 7 ans plus tard, je sors « mon premier film ». Entre les deux, j’ai testé et tenté pleins de choses qui me faisaient envie et je suis si heureuse d’avoir eu cette liberté.

Enchantement – trailer d’Ariane de Rafael sur Vimeo.

Qu’est ce qui t’as donné envie de réaliser ton premier long-métrage sur l’accouchement naturel ?

Ça s’est un peu imposé comme une évidence. J’avais déjà créé beaucoup de vidéos courtes et je commençais à me demander si j’allais un jour m’attaquer au long et faire une proposition complète en quelque sorte. Pendant ma grossesse, j’ai regardé énormément de films sur le sujet et lu aussi beaucoup, mais je trouvais qu’il manquait quelque chose, un film qui nous fasse complètement plonger dans l’expérience, qui nous montre de bout en bout, c’est comment accoucher et surtout qui nous montre que ça peut être une joie.

Alors je me suis dit : « je vais faire le film que j’aurais aimé voir enceinte. »
Que retiens-tu de l’élaboration du projet et de tournage, qu’as tu appris de cette expérience ?

Patience et humilité d’abord. Un long-métrage ça se crée dans un temps long, c’est tout un parcours pendant lequel on doit s’adapter, accepter la frustration, se remettre en question. Et puis à laisser la vie faire un peu à sa place, j’ai été merveilleusement guidée tout du long de la création de ce film, avec de belles rencontres qui sont toujours arrivées pile au bon moment. Alors ça m’a appris à faire confiance à cette force-là, à laisser les solutions venir à moi, être moins dans la sur-intention, plus dans l’accueil, à l’image d’un accouchement d’ailleurs !! 😉

Qu’est ce que tu souhaites transmettre avec ce film ? A qui est-il destiné ?

Le film montre une naissance et s’adresse d’abord à tous ceux qui cheminent et s’interrogent sur la façon dont on accueille nos enfants. Mais mon approche est plus spécifiquement sur le féminin, comment nous, les femmes, vivons cette expérience, comment nous saisissons-nous de cette chance que nous avons d’être celles qui reçoivent et donnent la vie ? Pourquoi en avons-nous peur et parfois allons jusqu’à rejeter complètement cette part de nous-mêmes plutôt que d’en faire une force ?

Le film s’appelle « Enchantement » , pourquoi ce titre et qu’est ce que le chant t’as apporté dans ton propre voyage ?

Enchantement c’est bien sûr d’abord pour transmettre que l’accouchement et la maternité peuvent être vécus dans la joie. Ensuite, c’est en effet une référence au chant et à la vibration sonore, c’est aussi donc un jeu de mot avec « enfantement » et enfin c’est l’évocation de la magie qui entoure l’acte de porter et donner la vie. Le chant a eu une place centrale pendant ma première grossesse, j’ai suivi des cours de chant prénatal et c’est devenu une pratique quotidienne et très intense. Je faisais de grandes séances de vibrations sonores à toute heure pendant lesquelles je voyageais littéralement entre les mondes, des expériences méditatives très intenses et joyeuses. Ça a été mon guide pour accueillir mon enfant et une source d’apprentissage et de compréhension de la vie.

Dans le documentaire, tu exprimes le fait qu’être enceinte et mettre au monde c’est un passage et un voyage vers soi. Comment s’est passé le voyage de ta première grossesse ? 

C’est fou, c’est la question à laquelle j’ai le plus de mal à répondre. Je viens d’écrire puis effacer ma réponse au moins 3 fois. En fait, c’est très difficile pour moi de mettre des mots ou de résumer cette expérience. Certainement parce que pour ma part, ce voyage a été surtout spirituel, j’ai fait ma rencontre en tant que femme et ainsi en tant qu’être créateur. Ça m’a permis d’acquérir une profonde confiance dans la vie et en moi puisque la vie s’exprime à travers moi…

L’illustration de Womber-woman est proposée en contre-partie de ton crowdfunding, qu’est ce qu’elle représente pour toi, c’est quoi être une Womber-woman?

Être une Womber-Woman, c’est puiser ses ressources et sa puissance de femme dans l’expérience de la maternité bien sûr mais plus largement dans le fait même d’avoir cette capacité à porter la vie. C’est par exemple accueillir et vivre son cycle menstruel, ses « lunes », comme une force et pas comme un emmerdement répété. C’est envisager bien sûr la grossesse et l’accouchement comme un moment transformateur et pas quelque chose dont on attend au mieux que ça passe vite et que ça ne nous dérange pas trop dans notre « vie de femme ». C’est aussi revaloriser pour nous tous, femmes et hommes, les qualités du féminin (au sens énergétique et spirituel du Yin) ; donc la réceptivité, la douceur, la créativité.

Est-ce que le fait de créer la vie à l’intérieur a influencé ou nourri ta créativité et si oui, comment?

Alors ça c’est sûr ! Quand on est enceinte, on est un canal de communication ouvert avec le grand univers. Alors pour peu qu’on s’ouvre à cette expérience, qu’on se laisse porter, on crée en permanence et sans effort… Pour ma part ça s’est présenté sous forme de flash, des sortes de petites illuminations, je voyais des images puissantes et j’ai tout noté !! D’ailleurs une partie du projet « Enchantement » qui est aujourd’hui en sommeil mais que j’aimerais aboutir plus tard, ce sont des micro-vidéos artistiques qui retranscrivent en images toutes ces visions que j’ai eues.

Peux-tu nous partager une de tes astuces pour dépasser les moments de blocages créatifs, de flou ou de découragement ?
Lâcher prise complètement.

Quand ça bloque, soit parce que je n’y arrive pas, soit parce qu’il se passe quelque chose qui empêche que ça avance, je lâche tout, je dis OK c’est pas grave la solution émergera plus tard. Je me mets presque en mode « autruche », non non il n’y a pas de problème, je sors carrément la problématique de mes pensées. Et ça marche à tous les coups !! La solution se présente d’elle-même au bon moment, parfois il s’agit tout simplement d’abandonner quelque chose qui me semblait fondamental et qui en fait ne l’était pas et souvent, c’est encore mieux que ce que j’imaginais au début.

Peux-tu nous partager un (ou deux) de tes rituels préférés lié à la grossesse et à l’accouchement ?

Alors je pourrais parler longuement de mes rituels de méditation. Mais en fait je crois qu’il y a autre chose d’encore plus présent et répété dans ma vie de femme enceinte : les soins corporels. La grossesse c’est un moment très « physique », le corps change et les sensations sont surprenantes et pas toujours agréables. Alors mon rituel le plus important c’est tout simplement de prendre soin de ce corps en conscience, de l’aimer dans ses transformations, de lui consacrer du temps. Pendant ma douche, j’aime focaliser mon attention sur l’eau qui me purifie et m’allège des tensions, puis j’ai tout un rituel de soins à base d’huiles et je caresse, masse, redécouvre ce corps qui est le mien et qui ne m’appartient pas complètement à ce moment-là.

C’est quoi pour toi la sororité ?

La sororité c’est ne plus voir les autres femmes comme des concurrentes en permanence, ne pas chercher à prouver qu’on est une meilleure mère, une meilleure épouse, une meilleure working-girl et que, nous, on a trouvé la « bonne » façon d’être une femme équilibrée. La sororité c’est voir toutes les autres femmes comme des sœurs et les accepter dans leur façon à elles d’accueillir leur féminin. C’est le préalable pour pouvoir ensuite s’entraider ! Qui d’autre qu’une autre femme l’ayant déjà vécu pourra nous parler de comment c’est accoucher ? Allaiter ? Nous donner des outils concrets, nous transmettre les savoirs et les gestes ? La sororité c’est arrêter de s’isoler pour recréer une communauté de femmes, partager nos expériences et nos ressources.

Un livre que tu recommande et qui t’as inspiré sur les sujets que l’on vient d’évoquer ?

Le guide de la naissance naturelle d’Ina May Gaskin – (Spiritual midwifery).
Ça été mon point de départ…

Un.e Artiste ou une œuvre ?

La photographe Ivette Ivens qui sublime les femmes dans la maternité, en particulier la photographie qui est en couverture de son livre « Breastfeeding Goddesses »

Un film (à part le tien)?

Genpin de Naomi Kawase. Un film contemplatif, lent et doux comme je les aime.

Un mot, une phrase, une citation pour terminer cette interview ?
The future is female.

Quand le féminin s’exprime pleinement, l’humanité retrouve son équilibre.


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L’INTERVIEW WONDER-WOMAN D’ARIANE DE RAFAEL

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